L’Homme d’à côté

Représentations cinématographiques du sentiment amoureux

Écriture, conception et interprétation Sébastien Accart
Collaboration artistique Vincent Rouche

Ce projet est soutenu par L’Arcal, les Studios de Virecourt, l’université Paris 1 – Panthéon Sorbonne et le Samovar.
Futur résidence de recherche au Samovar en avril 2022.

On pourra le voir :

Le 15 avril 2022, au Samovar, 165 avenue Pasteur 93170 Bagnolet.
Il est annoncé quelque part vers le bas de cette page du Samovar.

Un spectacle conférence

Un universitaire, historien du cinéma, présente au public ses recherches sur la représentation de l’amour. Muni de son vidéoprojecteur, il décrypte en direct la passion romantique et destructrice dépeinte sur l’écran, analyse ce qui fait courir les personnages dans des films tels que Lettre d’une inconnue (Max Ophuls, 1948), Rocco et ses frères (Luchino Visconti, 1960), Le Temps de l’innocence (Martin Scorsese, 1993) ainsi que son film fétiche, dans lequel il se reconnait : La Femme d’à côté (François Truffaut, 1981). Sommes-nous conditionné.e.s à aimer selon des codes de conduites répétés sur grand écran ? L’homme à côté des images fait résonner en boucle une phrase, un mot et recoupe les motivations amoureuses entre les différents milieux sociaux représentés, car « en amour il n’y a pas de pauvre » comme le rappelle François Truffaut.

Ces projections fantasmées ont une influence directe sur nos vies intimes, elles s’incarnent dans nos corps de spectatrices et spectateurs. La conférence interroge notre liberté à nous affranchir des trajectoires de ces archétypes romanesques, quand le regard masculin projette ses fantasmes sur la figure féminine, laquelle est façonnée en conséquence et accède au statut d’icône. Le cinéma nous montre-t-il que l’amour est le lieu où nous agissons selon notre genre ? Ou bien l’endroit où nous nous montrons les plus transgressifs et rebelles ?

En collaboration avec Vincent Rouche, clown-pédagogue, le conférencier cherche au présent et s’interroge sur le paradoxe de ces anarchistes amoureuses et amoureux qui tout en prônant leur indépendance d’esprit, n’ont d’autre désir que celui de fusionner avec l’être aimé et qui ont la folie (ou la sagesse ?) de crier : « Je ne suis pas moi sans toi ! »

Nous nous sommes dit que le récit de ces difficultés pourrait servir à d’autres.

Vincent Rouche s’associe donc au Collectif ROSA, une jeune compagnie dont le premier spectacle, Rosa, d’après les écrits de Rosa Luxemburg, a été créé à la Maison des métallos en 2017.

Résonances

« Devant la télévision le soir, je me demandais s’il était en train de regarder la même émission ou le même film que moi, surtout si le sujet en était l’amour ou l’érotisme, si le scénario avait une correspondance avec notre situation. J’imaginais alors qu’il voyait La Femme d’à côté en nous substituant aux personnages. S’il me disait avoir vu effectivement ce film, j’avais tendance à croire qu’il l’avait choisi ce soir-là à cause de nous et que, représentée à l’écran, notre histoire devait lui paraître plus belle, en tout cas justifiée. »

Annie Ernaux, Passion simple (1994)

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« Je sais bien que dans les périodes troublées, l’artiste se sent vaciller et que la tentation lui vient d’abandonner son art ou de le mettre au service d’un idéal précis et immédiat. C’est la disproportion entre la frivolité de sa tâche et la gravité des événements de l’Histoire qui hante l’artiste ; il se voudrait alors philosophe. Lorsque ce genre de pensée me traverse la tête, je pense à Matisse. Il a connu trois guerres, mais n’en a pratiqué aucune, trop jeune pour celle de 1870, trop vieux pour celle de 1914, patriarche en 1940. Il est mort en 1954 entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie, ayant terminé son œuvre : des poissons, des femmes, des fleurs, des paysages avec amorces de fenêtres. Ce sont les guerres qui furent les événements frivoles de sa vie, les milliers de toiles qu’il laisse en étant les événements graves. L’art pour l’art ? Non. L’art pour la beauté, l’art pour les autres. Matisse s’est d’abord fait du bien à lui-même, puis il a fait du bien aux autres. »

François Truffaut (entretien avec les Cahiers du cinéma, 1967)

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« Tu m’as dit « je t’aime », je t’ai dit « attends ».
J’allais dire « prends-moi », tu m’as dit « va-t’en ». »

Catherine, Jules et Jim (1962)

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Traversée

(par Vincent Rouche, collaborateur artistique, septembre 2021)

Sébastien m’a appelé un jour me disant qu’il avait pensé à moi pour l’accompagner dans son travail, l’aventure d’un conférencier, universitaire historien du cinéma. Il voulait que ce conférencier soit « rattrapé par sa propre vie sentimentale ». Que quelque chose de décalé advienne dans le jeu, qu’il soit comme emporté par la situation, par son discours, les images, les mots d’amour.
Il voulait, bien que sans nez et sans maquillage, que quelque chose du clown, du burlesque, de l’excès, de l’emportement, de l’empêtrement puisse apparaître, imprégner son discours et sa présence. Mais il voulait aussi avoir du temps, son temps à lui, ne pas aller plus vite que la musique, celle du dedans.
Pour avoir participé à un stage de six semaines avec moi, des années auparavant, il avait la mémoire de règles du jeu, ces outils, qui rendent possible la clarté, qui donne de la conscience sur le plateau. Dans la proposition de Sébastien, le propos est premier. Il y a des choses qui sont à dire, c’est une conférence, il y a des extraits de films qui sont donnés à voir.
Pour François Cervantes, « Plutôt que de demander à l‘acteur de se mettre au service du « propos » de la pièce, il vaut peut-être mieux avouer que le propos est toujours le même, c’est le fond de l’être humain, et qu’il s’agit de travailler à ce que la pièce éclaire le fond de l’acteur, que l’acteur accepte d’être éclairé par elle, d’être vu par elle. »1
Alors nous avons travaillé à faire en sorte que la présence de l’acteur Sébastien se confonde parfois avec l’image projetée, comme si, à certains moments, il pouvait prétendre entrer dans l’image. Et que les mots, les siens, ceux des films sur lesquels il s’appuie, le traverse, et qu’il se les approprie, comme s’ils étaient les siens et non seulement ceux d’un conférencier qui nous délivrerait son savoir. Que quelque chose déborde, au-delà de la fonction d’acteur, au-delà du personnage de conférencier dans sa fiction. Que l’acteur ne reste pas planqué, trop sérieux, derrière sa créature, ou derrière son texte.
« Que l’acteur ne se cache pas, dis encore François Cervantes, mais plutôt qu’il soit découvert, comme on pourrait dire de quelqu’un qu’il accepte que l’on sente son odeur, que l’on aille au-delà des apparences visuelles, pour accéder à des perceptions plus fines. »
Ensemble nous ne « répétons » pas la conférence, nous la « traversons ». Il s’agit de cultiver l’étonnement, l’inespéré. Plonger dans « l’espèce de soliloque extrêmement fragmenté, morcelé, désordonné que le sujet amoureux soutient dans sa tête. »2 Se laisser embraser par ces « ratés du coeur »3 dont Sébastien étudie les destins.

1 Cervantes, François, Le Clown Arletti, vingt ans de ravissement, Magellan & Cie, 2012, p. 10.
2 Roland Barthes, à propos de son ouvrage Fragments d’un discours amoureux, Apostrophes, Antenne 2, 29-04-1977.
3 Anne Sylvestre, Les gens qui doutent, 1986.

Équipe artistique

Sébastien Accart/écriture et interprétation

Au théâtre, il joue sous la direction de Didier Bezace (La Version de Browning, spectacle pour lequel il est nommé au Molière de la révélation), Claudia Stavisky, Jeanne Champagne, Christian Gangneron, Albert Delpy… Récemment il joue dans la dernière pièce d’Anna Nozière (Studio Théâtre de Vitry, Les Quinconces – Scène nationale du Mans). Il est initié à l’art du clown par Anne Cornu et Vincent Rouche de la Compagnie du Moment. Pour la télévision, il tourne entre autres sous la direction de Volker Schlöndorff dans le téléfilm La Mer à l’aube pour arte. Avec Nina-Paloma Polly, il met en scène son premier spectacle : Rosa, les lettres intimes et discours politiques de Rosa Luxemburg, spectacle en résidence au 104, créé à la Maison des métallos. En 2021, il est à nouveau en résidence au 104 avec le collectif ROSA pour la création de Kiwi, Litchi et les autres d’après Daniel Danis. En 2022, il jouera dans Sfumato de Sofia Hisborn, mise en scène de Benoît Giros (Théâtre du Pilier à Belfort, La Halle aux grains à Blois). Parallèlement à son parcours de comédien, il obtient un Master d’Histoire du cinéma à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Vincent Rouche / mise en jeu

Comédien, metteur en scène et pédagogue, il découvre le théâtre par le clown et le jeu masqué, ainsi que par l’étude du geste et de la voix (Méthode Feldenkrais™, Voix Naturelle – K. Linklater, Mouvement Fonctionnel…). Il est à l’initiative de la structure associative Théâtre-Tout-Court qui deviendra la Compagnie du Moment. En solo, il joue Allumette puis en trio, Des clowns. Masqué ou non, il joue Molière, Shakespeare, Gozzi, Marivaux, Fernando de Rojas, Diderot… avec Mario Gonzalez, Jean-Pierre Vincent, Petrika Ionesco, David Esrig, Mireille Laroche, Marc François, Thierry Lefèvre… Il met en scène Embarquez-les, une création qui rassemble en clown, cinq femmes. Avec Anne Cornu et Laurence Camby (avec lesquelles il a fondé la Compagnie du Moment), il crée Toute l’eau du déluge n’y suffira pas : un spectacle qui rassemble sept clowns, femmes et hommes, autour des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Puis il y aura, toujours avec Anne Cornu, Dis-moi quelque chose, Come fly with me, Entre nous soit dit… Il participe à la création Les histoires de la Baraque de Thierry Lefèvre et travaille au solo de clown Le Combat, mis en scène par Delphine Veggiotti.

Le collectif ROSA

ROSA est un jeune collectif regroupant plusieurs artistes, créé par Nina-Paloma Polly et Sébastien Accart. Le collectif s’attache à créer des formes courtes à partir d’œuvres non dramatiques. Ils ont en commun de chercher à développer un rapport au texte très direct, non théâtral, à inscrire la parole dans le présent de la représentation, sans effets. Ils explorent les moyens à dispositions, l’image, la matière sonore, la lumière, l’espace, pour en faire des acteurs de la représentation afin de proposer le plateau comme espace de sensations, s’ouvrant sur des paysages intérieurs. Proposer une perception du temps dans laquelle le présent se dilate permet d’envisager le réel dans ce qu’il a à la fois de trivial et de sublime, avec cette sensation que tout est là. C’est une exploration subversive qu’ils se proposent de mener avec délicatesse et joie. ROSA, le premier spectacle du collectif, a été en résidence au 104 et créé à La Parole errante puis joué à la Maison des métallos.

Contact
Sébastien Accart – 06 64 52 57 84
accartsebastien@gmail.com
rosa.collectif@gmail.com

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