Dessin de clown de Philippe Léonard

Dessin de clown de Philippe Léonard

Quand le geste donne accès aux mots

Un jour, au cours d’une improvisation, un clown marchait dans l’espace de la scène. Il se dirigeait vers une fenêtre.

Il y avait des mots. Ses mots à lui.

Dans son avancée, j’ai vu ses bras quitter leur position le long du corps. Ils commençaient à s’élever vers le devant. Ils s’allongeaient, se tendaient horizontaux, vers quelque chose que nous ne voyions pas, que nous ne pouvions deviner.

Lui marchait, ses pas l’emmenant dans une direction, les bras s’élevant doucement, allongés de plus en plus vers l’horizon. Comme ceux d’un enfant qui pointent vers quelque choses. Les bras du désir.

Puis les bras ont dépassés l’horizontale. Ils continuaient de s’élever.

J’ai dit : « laisse les bras faire ce qu’ils veulent, laisse les monter ».

On a vu apparaître cette verticale, bras tendus vers le haut dans l’alignement du reste du corps, en contraste avec le regard et le pieds qui maintenaient l’horizontale.

J’ai demandé : « Qu’est-ce que ça raconte, ça, les bras tendus vers le haut, quelles sont les sensations nouvelles ? »

Sans arrêter les pas, la tête a basculé, les yeux ont regardés les mains ou peut-être au-delà.

Et dans le texte, le divin est arrivé. Une dimension nouvelle qui manquait a surgi, totalement inespérée. Le texte, son texte, avait soudain une dimension poétique.

C’est comme ça que ça fonctionne.
« Le corps donne la solution, il n’y a qu’à le suivre » nous disait un jour un stagiaire.
Il faut le laisser faire.
L’accompagner à ce à quoi il invite.

C’est juste de l’abandon.

Un oui primordial à ça qui est là déjà.

© Vincent Rouche

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